En bref
Cash runway = trésorerie disponible ÷ net burn mensuel. C'est le plancher de survie conservateur — sans croissance des revenus ni nouveau financement supposé. Les sociétés venture-backed doivent maintenir au minimum 18 mois. En dessous de 12 mois, la levée de fonds devient urgente. En dessous de 6 mois, la société entre en zone de détresse financière.
Définition complète
Le cash runway est le nombre de mois pendant lesquels une entreprise peut continuer à opérer en utilisant uniquement sa trésorerie et ses équivalents de trésorerie actuellement disponibles, divisés par son net burn mensuel. À la différence des modèles de runway dynamiques qui intègrent des projections de croissance des revenus, le cash runway est un calcul statique et conservateur : il suppose que le niveau de dépenses actuel reste constant et qu'aucune rentrée de fonds supplémentaire — ni revenus en croissance, ni nouveau financement — ne vient modifier la trajectoire.
Cette approche conservatrice en fait la référence standard pour deux contextes : les due diligences d'investisseurs (qui veulent connaître le pire cas avant d'analyser les scénarios optimistes) et les revues de risque au niveau du conseil d'administration (qui ont besoin d'un plancher de survie objectif, non biaisé par des hypothèses de croissance). Le cash runway ne remplace pas une modélisation financière complète — il la précède, en établissant le point de départ de toute conversation sur la trajectoire de trésorerie.
Le cash runway est intimement lié au burn rate et au net burn. Le burn rate mesure la vitesse à laquelle la trésorerie est consommée — en euros par mois. Le net burn est la différence entre les sorties de trésorerie totales (dépenses opérationnelles, investissements, remboursements de dette) et les rentrées de trésorerie opérationnelles (revenus encaissés, pas facturés). Le cash runway divise l'encours de trésorerie par ce net burn pour produire une durée exprimée en mois.
Comment le calculer
Le calcul du cash runway requiert deux chiffres : la trésorerie totale disponible (soldes bancaires plus équivalents de trésorerie) et le net burn mensuel moyen sur les 3 derniers mois — une moyenne glissante étant préférable à un seul mois pour lisser les variations saisonnières ou exceptionnelles.
Formule : Cash Runway = Trésorerie disponible ÷ Net burn mensuel
Exemple : 1 200 000 € en banque ÷ net burn mensuel de 80 000 € = 15 mois de cash runway.
Net burn = sorties de trésorerie totales − rentrées de trésorerie opérationnelles. Si vous dépensez 120 000 €/mois et encaissez 40 000 € de revenus clients, votre net burn est de 80 000 €/mois.
Plusieurs précisions s'imposent pour un calcul rigoureux. Premièrement, utiliser la trésorerie effectivement disponible (soldes bancaires, placements à court terme immédiatement liquidables) — et non les créances clients ou les lignes de crédit non tirées, qui ne constituent pas de la trésorerie certaine. Deuxièmement, calculer le net burn sur 3 mois glissants plutôt qu'un seul mois, pour éviter de sous-estimer le runway lors d'un mois à faible dépense ou de le surestimer lors d'un mois exceptionnellement chargé. Troisièmement, inclure dans les sorties tous les paiements planifiés à venir : remboursements de dettes, loyers d'équipements, provisions fiscales — tout engagement contractuel futur doit réduire le montant de trésorerie réellement disponible pour le calcul.
Pour les entreprises SaaS avec de l'ARR contractuellement engagé mais pas encore facturé, certains investisseurs acceptent une variante du cash runway qui intègre les revenus contractuels certains à encaisser dans les 90 prochains jours. Ce calcul hybride reste distinct du cash runway pur — il doit être présenté séparément avec une mention explicite des hypothèses retenues pour éviter toute confusion lors des discussions avec des tiers.
Exemple concret
Une scale-up SaaS B2B française a levé une Série A de 3 M€ il y a 14 mois. Aujourd'hui, son solde bancaire est de 980 000 €. Ses dépenses opérationnelles mensuelles sont de 145 000 € (équipe de 22 personnes, infrastructure, marketing) et elle encaisse en moyenne 58 000 € de revenus par mois (ARR de 696 000 €, clients payant mensuellement). Son net burn mensuel est de 145 000 − 58 000 = 87 000 € par mois. Son cash runway est de 980 000 ÷ 87 000 = 11,3 mois.
Ce runway de 11,3 mois place la société sous le seuil d'alerte de 12 mois. La levée de fonds doit commencer immédiatement : avec un processus de Série B typique de 4 à 6 mois, la société ne conservera que 5 à 7 mois de marge entre la clôture du financement et l'épuisement de la trésorerie si le process s'étire. Le conseil d'administration doit également étudier les leviers de réduction du burn — report de recrutements planifiés, optimisation des dépenses d'infrastructure, accélération des encaissements clients — pour repousser la date critique et améliorer la position de négociation lors de la levée.
Si la même société passe à une facturation annuelle anticipée sur ses nouveaux contrats, les encaissements augmentent immédiatement même si l'ARR n'évolue pas. En signant 5 nouveaux clients à 24 000 € d'ARR en facturation annuelle, elle encaisse 120 000 € supplémentaires en une seule fois — ce qui améliore son solde de trésorerie instantanément et repousse l'horizon de cash runway sans modifier le net burn structurel. C'est pourquoi le modèle de facturation est une variable de gestion de trésorerie aussi importante que le niveau de dépenses.
Analyse approfondie
Le cash runway est une métrique de survie, pas d'ambition. Il dit combien de temps il reste avant la mort de l'entreprise dans le scénario le plus pessimiste — burn constant, aucune rentrée supplémentaire. Cette distinction est essentielle pour l'utiliser correctement : le cash runway ne doit pas servir à planifier la croissance (pour cela, on utilise un modèle de trésorerie dynamique), mais à calibrer l'urgence et la discipline financière. Une équipe qui confond les deux peut se rassurer d'un runway de 18 mois sans percevoir que son burn multiple se dégrade, que son taux d'encaissement ralentit, ou que son pipeline de renouvellements s'érode — autant de facteurs qui compresseront le runway réel bien avant les 18 mois théoriques.
La relation entre cash runway et burn multiple est particulièrement importante pour les sociétés en croissance. Le burn multiple (net burn ÷ net new ARR) mesure combien d'euros sont brûlés pour chaque euro de nouvel ARR généré. Un burn multiple de 2 signifie que la société dépense 2 € pour chaque euro d'ARR additionnel — ce qui est acceptable en phase d'investissement agressif mais préoccupant si la croissance de l'ARR ralentit. Si le burn multiple se dégrade pendant que le runway diminue, la société est dans la configuration la plus dangereuse : elle brûle plus vite tout en générant moins de revenus futurs qui pourraient compenser la dépense.
Les seuils d'alerte communément utilisés dans l'écosystème venture-backed français et européen sont les suivants. Au-delà de 24 mois : position confortable, la société peut exécuter son plan sans pression de financement immédiate. Entre 18 et 24 mois : zone normale, le prochain tour de financement peut être planifié de façon sereine avec une fenêtre de négociation suffisante. Entre 12 et 18 mois : zone d'attention, les premières conversations exploratoires avec des investisseurs potentiels doivent commencer pour cartographier le marché. Entre 6 et 12 mois : zone d'alerte, la levée de fonds doit être lancée activement — les processus prennent 3 à 6 mois et tout glissement peut être fatal. En dessous de 6 mois : zone de détresse, les options se réduisent rapidement à un bridge de survie, une cession ou une restructuration drastique.
Le cash runway est également sensible à la structure du bilan. Les créances clients non encaissées, les provisions non comptabilisées, les engagements hors bilan (baux, engagements de licences pluriannuelles) peuvent créer un écart significatif entre le cash runway affiché et le cash runway réel. Une société qui affiche 15 mois de runway mais a 200 000 € de créances douteuses non provisionnées et 150 000 € de loyers engagés non reflétés dans son burn mensuel a en réalité 11 à 12 mois de runway effectif. Cette granularité exige une réconciliation entre comptabilité d'engagement et comptabilité de trésorerie — ce que Fairview effectue automatiquement depuis les données connectées.
Le cash runway interagit directement avec les décisions de recrutement. Chaque embauche ajoute un coût fixe mensuel — salaire, charges sociales, équipement — qui réduit le net burn et compresse le runway. Une règle pratique pour les fondateurs : avant chaque embauche, recalculer le cash runway post-embauche et vérifier qu'il reste au-dessus du seuil d'alerte de 12 mois. Si le runway post-embauche passe sous 12 mois, l'embauche doit être conditionnée à une amélioration concrète du taux de génération de revenus (nouvelle signature, accélération du pipeline) ou reportée jusqu'à la prochaine levée. Fairview permet d'effectuer cette simulation en temps réel depuis le tableau de bord de trésorerie, sans extraction manuelle ni tableur dédié.
Erreurs fréquentes
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Utiliser les revenus facturés plutôt que les revenus encaissés dans le calcul du net burn. Le cash runway est un calcul de trésorerie, pas de comptabilité d'engagement. Inclure des revenus facturés mais non encore encaissés dans le calcul du net burn surestime le flux entrant réel et sous-estime le burn effectif. Si vous avez 100 000 € de factures envoyées mais non réglées, votre solde bancaire n'en bénéficie pas encore — et votre runway non plus. Utilisez uniquement les mouvements de trésorerie réels : entrées bancaires versus sorties bancaires.
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Calculer le cash runway sur un seul mois de burn plutôt que sur une moyenne glissante. Un mois de burn exceptionnellement bas — absence de bonus, paiement de fournisseurs décalé, encaissement important en fin de mois — peut gonfler artificiellement le runway calculé. Un mois exceptionnellement chargé (paiement de charges sociales annuelles, renouvellement de licences) peut le comprimer. La moyenne des 3 derniers mois de net burn donne une base plus stable et représentative du burn structurel de la société.
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Confondre cash runway et capacité de financement. Un runway de 18 mois ne signifie pas que la société peut attendre 18 mois avant de lever des fonds. Le processus de levée de Série A ou Série B prend typiquement 4 à 6 mois en France. Il faut également réserver du temps pour que les investisseurs aient le loisir de prendre une décision sans pression calendaire — ce qui améliore les conditions de la levée. La règle empirique est de lancer le processus de levée quand le runway atteint 18 mois, afin de clôturer avec encore 12 mois devant soi. Attendre 12 mois pour lancer ne laisse aucune marge en cas de glissement.
Comment Fairview suit cet indicateur
Fairview connecte vos comptes bancaires et votre comptabilité (QuickBooks, Xero) pour calculer le net burn mensuel réalisé et la trésorerie disponible en temps réel, sans extraction manuelle. Le cash runway est mis à jour automatiquement chaque mois — ou chaque semaine si votre suivi bancaire est quotidien — et comparé au seuil d'alerte que vous avez défini lors de l'onboarding (18 mois par défaut pour les sociétés venture-backed).
Le tableau de bord affiche l'évolution du cash runway sur 12 mois glissants, la projection de la date d'épuisement de trésorerie au burn actuel, et la simulation de l'impact d'une décision d'embauche ou d'un investissement planifié sur le runway post-décision. Si le runway passe sous le seuil d'alerte, Fairview génère une Next Best Action avec le détail des postes de dépenses qui contribuent le plus au burn et une recommandation concrète — réduction de dépenses, accélération des encaissements, ou lancement anticipé du processus de financement. Le besoin en fonds de roulement et les créances clients sont également réconciliés pour afficher le cash runway net des engagements hors bilan identifiés.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre cash runway et runway dynamique ?
Le cash runway est le calcul statique le plus conservateur : trésorerie disponible ÷ net burn actuel, sans aucune hypothèse de croissance des revenus ni de financement supplémentaire. Le runway dynamique projette l'évolution du burn et des revenus dans le temps selon un modèle financier — plus précis pour la planification, mais moins comparable d'une société à l'autre. Pour les conversations avec des investisseurs et les revues de risque au conseil d'administration, le cash runway est la référence standard.
Quel cash runway faut-il viser pour une startup venture-backed ?
La règle empirique est de maintenir au minimum 18 mois à tout moment. En dessous de 12 mois, la levée de fonds devient urgente — les processus prennent 3 à 6 mois et il faut préserver du temps de négociation. En dessous de 6 mois, la société entre en zone de détresse : les investisseurs perçoivent la pression et les conditions de la levée se dégradent. Un runway de 24 mois ou plus laisse le temps de corriger la trajectoire avant de retourner sur le marché.
Comment le cash runway diffère-t-il du burn rate ?
Le burn rate est la vitesse de consommation de trésorerie — exprimé en euros par mois. Le cash runway est le résultat de la division de la trésorerie disponible par ce burn — exprimé en mois de survie. Le burn rate est un flux ; le cash runway est une durée. Le burn rate dit à quelle vitesse vous brûlez ; le cash runway dit combien de temps il vous reste.
Comment Fairview suit-il le cash runway automatiquement ?
Fairview connecte votre banque et votre comptabilité pour calculer le net burn mensuel réalisé et la trésorerie disponible en temps réel. Il met à jour le cash runway chaque mois automatiquement, le compare au seuil défini (18 mois par défaut), et génère une Next Best Action si le runway passe sous ce seuil. Le tableau de bord affiche l'évolution sur 12 mois glissants et la date d'épuisement de trésorerie projetée au burn actuel.
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